À propos de l’incroyable histoire de l’Île-de-Montréal

Ceux d’entre vous qui ont visité mon exposition « Toi, moi et Montréal-Nord » se sont possiblement demandé ce que venait y faire la grande ébauche à l’acrylique sur papier intitulée « Pilote, comme son père ».

Il s’agit d’un travail pictural fait pour reconstituer un moment capital d’une légende familiale : L’incroyable l’histoire de l’Île de Montréal.

J’aimerais donner une suite à ce tableau et réaliser un projet alliant le singulier à l’universel. Celui-ci évoquerait le caractère insulaire de Montréal, sa naissance au confluent du St-Laurent et du bassin hydrographique de la rivière des Outaouais, son site stratégique qui en fait une cité naturellement cosmopolite, un lieu de croisement des civilisations au sein du Québec.
Pour ce faire, je prévois revisiter un élément de mon patrimoine familial : la carrière d’un oncle de mon père, nommé Adolphe Lebleu, gardien d’un phare sur les battures du St-Laurent.

Voici l’histoire, à peine romancée, derrière ce projet.

Adolphe, qui se trouvait donc être mon grand-oncle, était « lightman ». Il voyait au bon fonctionnement du phare de Gentilly. Il a occupé cette fonction pendant 36 ans, se rendant à son poste en chaloupe tous les jours de la saison de navigation pendant toutes ces années. Après sa retraite, il a profité de ses temps libres pour ajouter un mat à sa chaloupe afin de la gréer d’une voile.

Avec sa chaloupe ainsi modifiée, il se rendait occasionnellement aux abords du phare. Un matin, alors qu’il doublait le bâtiment abritant les cornes de brume, par malheur, le vent tomba. Sa chaloupe était immobilisée sur les eaux complètement étales lorsqu’un paquebot, mené par un capitaine téméraire croyant pouvoir se dispenser des services d’un pilote du fleuve, vint s’échouer sur la batture du phare. Se trouvant en plein sur la trajectoire du navire qui avançait maintenant à vitesse résiduelle sur la fin de son erre d’aller, la chaloupe fut emboutie et Adolphe se retrouva éjecté de son embarcation. Il s’en tira sain et sauf, mais en fut quitte pour une très grande frayeur!
Adolphe ayant déclaré qu’on ne le reprendrait plus sur les eaux du fleuve, le modeste apprenti d’un pêcheur local se rendit sur place et récupéra les restes de la chaloupe afin de la reconstruire à son profit. Il se nommait Luigi. Désargenté et fuyant la misère, il était arrivé à la fin des années quarante de Brindisi, dans les Pouilles, en Italie. Il avait tout d’abord fait de petits boulots à Montréal où il était débarqué d’un cargo. Il y avait rencontré Adélaïde Schelling alors serveuse dans un resto d’Hochelaga puis l’avait suivi à Gentilly, son village natal.

Comme la collision avait endommagé la chaloupe plus fortement du côté de l’impact, il manquait un peu de matériel à notre constructeur naval novice. Une fois la reconstruction terminée, l’embarcation de Luigi avait une étrange forme coudée mais flottait tout de même.

Lorsqu’il se rendit pour la première fois sur la grève au petit matin pour la mettre à l’eau, d’autres pêcheurs se préparaient aussi à partir. L’aîné du groupe s’exclama à la ronde « Regardez, on dirait l’Île de Montréal! Ça marchera jamais c’t’affaire-là… »

C’est ainsi que la chaloupe de Luigi, baptisée à l’unanimité Île de Montréal, entra dans la légende du St-Laurent.

L’Île-de-Montréal, ébauche au crayon / pencil sketch, 2016

A-lebleu

Interview + Photo, Le Nouvelliste, Trois-Rivières.

PCSP

Pilote, comme son père. 2016. Acrylique sur papier Fabriano / Acrylic on Fabriano paper